
Affaire Shahin Hazamy : quand l'État français utilise l'arme administrative contre un journaliste
En gelant les avoirs du journaliste indépendant Shahin Hazamy et en multipliant les mesures sécuritaires à son encontre, le ministère de l'Intérieur franchit un cap inquiétant. Analyse d'une méthode d'asphyxie administrative qui cible les voix pro-palestiniennes.« Voilà maintenant un an que le ministère de l’Intérieur a pris à mon encontre une mesure de gel des avoirs totalement arbitraire. » C'est par ces mots que Shahin Hazamy, journaliste indépendant ayant collaboré avec plusieurs médias français et internationaux, a choisi de briser le silence sur les réseaux sociaux.Son témoignage met en lumière une méthode de répression inédite à l'encontre d'un professionnel de l'information en France.L'asphyxie financière comme outil de censureEn ciblant directement ses moyens de subsistance, l'État applique une contrainte financière radicale. Shahin Hazamy explique la sévérité de cette décision :« Cette mesure administrative constitue la première décision de ce type prise par le ministère de l’Intérieur à l’encontre d’un journaliste en France. C’est un dangereux précédent qui devrait alerter toutes les personnes attachées à la liberté de la presse [...], car il ouvre la voie à l’utilisation de mesures administratives extrêmement lourdes contre des journalistes dans l’exercice de leur profession. »Alors qu'il dépendait du soutien participatif de ses lecteurs, le ministère de l'Intérieur est intervenu auprès des plateformes de collecte pour fermer ses comptes. Cette strangulation économique vise à paralyser le travail d'enquête et de documentation sur le terrain, sans passer par un procès judiciaire classique.Surveillance et traumatisme familial : le prix de la dissidenceLa dénonciation du journaliste ne s'arrête pas au domaine financier. Il décrit un dispositif de surveillance massive déployé contre lui et son équipe : « Des moyens absolument considérables ont été déployés pour me surveiller, traquer le moindre message publié par mon équipe éditoriale ou par moi-même sur mes réseaux sociaux. »Cette pression s'est concrétisée par une intervention policière au petit matin, dont les répercussions humaines sont lourdes :« [Des] surveillances physiques jusqu’à mon domicile et celui de mes proches, ainsi qu’une perquisition menée par des policiers de la BRI cagoulés, qui a profondément traumatisé mes enfants, lesquels font encore aujourd’hui l’objet d’un suivi psychologique à la suite de cette intrusion extrêmement violente à mon domicile à 6 heures du matin. »Un ciblage idéologique dénoncé
Pour le journaliste, cette situation s'inscrit dans un contexte plus large de restriction des libertés d'expression relatives au conflit au Proche-Orient. Il souligne l'usage orienté de ces sanctions administratives depuis le début de la crise à Gaza :« La mesure de gel des avoirs constitue l’une des armes les plus coercitives de l’appareil répression actuellement utilisé par le régime français. Depuis le début du génocide à Gaza, elle a surtout été employée contre des militants pro-palestiniens, quasi exclusivement des personnes de confession musulmane. »En portant l'affaire sur la scène publique, Shahin Hazamy appelle la communauté internationale à se saisir de ce dossier.Son cas pose une question fondamentale : jusqu'où l'État de droit peut-il plier ses propres règles administratives pour faire taire les voix dissidentes ?